Séminaire "Atypies et dysfonctionnements langagiers"

Séminaire « Atypies et Dysfonctionnements langagiers » organisé par Maria Kihlstedt & Frédéric Isel

1er mardi du mois, 11h-13h, salle 407

 

PROGRAMME 2015-2016

3/11 Sophie Bouton, Post-doc, Auditory Language Group, Department of Neurosciences, Biotech Campus, université de Genève:

"Percevoir la parole : le rôle des variations temporelles et spectrales dans la catégorisation phonémique"

2/2 Michèle Kail, DR Emérite CNRS, Laboratoire SFL UMR 7023 CNRS et Paris 8

"Fonctions adaptatives de la plasticité neuro-comportementale dans l’acquisition du langage L1 et L2"

Résumé:

Contrairement aux affirmations que les changements dans les réseaux neuro-cognitifs n’interviendraient que dans des périodes cruciales du développement (Hypothèse de périodes critiques, HCP), les recherches de la dernière décennie ont confirmé l’idée d’une plasticité permanente du cerveau, à des degrés divers. Dans l’acquisition L1 et L2, des investigations supplémentaires sont nécessaires pour savoir comment les capacités linguistiques émergent des propriétés structurales et fonctionnelles du cerveau et sont contraintes par elles, mais aussi de quelle manière, l’expérience modèle les dispositifs neuronaux.

En gardant en tête que le changement est la principale propriété adaptative du cerveau, un enjeu crucial est de savoir comment l’apprentissage conduit à des structures neuronales et cognitives dédiées qui impactent les processus et les formes du développement ultérieur.

Cette synthèse présente les progrès récents dans notre compréhension de la dynamique des changements neuro-comportementaux dans trois domaines pertinents :

 

  1. Le développement langagier et non langagier des enfants porteurs de lésions focales unilatérales précoces du cerveau, exemple emblématique de la plasticité neurocognitive différentielle.

 

  1. Le système d’apprentissage de la parole chez les bébés monolingues. Des données récentes concernant les processus d’apprentissage phonémique (organisation et réorganisation) sont complexes, multimodaux et impliquent l’engagement neuronal (native neural commitment hypothesis, P. Kuhl). Par ailleurs, ces capacités précoces exigent l’existence d’un contexte social.

 

  1. L’organisation lexicale chez les enfants bilingues. Un ensemble de recherches comportementales, de modélisations computationnelles (DevLexModel) et de neuro-imagerie indiquent que l’action conjuguée des phénomènes de compétition et d’« entrenchment » permet une meilleure compréhension des dynamiques interactives du bilinguisme. Cette conception opère un renversement en ne se focalisant plus tant sur l’ AOA de la L2 que sur les capacités de changement de la L1. De plus, les changements structuraux du cerveau (augmentation de la matière grise et de l’intégrité de la matière blanche) résultant d’une pratique plus soutenue du contrôle exécutif conduisent à l’idée que l’expérience bilingue est peut-être spécifique avec ses propres signatures neuronales.

 

8/3 Anne Christophe, Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique, ParisEcole Normale Supérieure / PSL Research University / CNRS / EHESS

"Construire un 'squelette syntaxique' à partir des mots grammaticaux et de la prosodie phrasale".

Anne Christophe, Alex de Carvalho, Isabelle Dautriche, Perrine Brusini, Elodie Cauvet.

Résumé:

Pendant longtemps on a pensé que les enfants apprenaient d'abord les sons de leur langue maternelle (sa phonologie), puis ses mots (son lexique), puis la manière dont les mots sont organisés en phrases (sa syntaxe). Cela correspond à ce que les jeunes enfants produisent : d'abord ils babillent (entre 6 et 12 mois), puis ils disent des mots isolés (1-2 ans), puis ils commencent à combiner des mots ensemble. De ce fait, les chercheurs ont tenté de trouver des mécanismes par lesquels les enfants pourraient apprendre le système de sons de leur langue avant de connaître les mots, les mots avant de connaître la syntaxe, etc. Cependant, plusieurs études computationnelles ont établi que certains problèmes d'apprentissage paraissent insolubles à moins de supposer que les enfants ont accès à de l'information provenant d'autres domaines – et par ailleurs des études expérimentales ont montré que des jeunes enfants ont réussi à acquérir ce type d'information partielle.

Cette présentation discute la manière dont la prosodie phrasale (le rythme et l'intonation des phrases) et les mots grammaticaux (articles, auxiliaires, etc...) pourraient permettre aux jeunes enfants de construire une structure syntaxique partielle, le 'squelette syntaxique', qui pourrait être suffisante pour faciliter l'apprentissage du sens des mots. Dans une telle structure, les frontières de constituants sont fournies par la prosodie, et leur catégorie par les mots (et morphèmes) grammaticaux. Par exemple, une phrase comme 'le petit garçon a mangé une pomme' peut être encodée comme [le petit garçon]NP [a mangé]VP [une pomme]NP. On sait déjà que les jeunes enfants ont accès aux groupes prosodiques intermédiaires (les groupes phonologiques) dans leur première année de vie, ainsi qu'aux mots grammaticaux. Des études comportementales et en imagerie, ainsi que des expériences de modélisation basée sur de la parole dirigée aux enfants, montrent que les enfants pourraient plausiblement avoir accès à une structure de ce type dès l'âge de 18 mois, et l'exploiter pour inférer le sens probable de mot nouveaux.

10/5 Gisela Håkansson, Professeur,  Centre for Languages and Literature, Lund University (Suède)

Language impairment in monolingual and bilingual children. Some examples from Swedish"

SLI and bilingualism – is that a problem?

It is often assumed that bilingualism brings an extra burden on children with language impairment, but does it really? Most research on bilingualism shows positive effects of bilingualism on cognitive and linguistic development, and this could be beneficial to children with language impairment as well. In my talk I will present findings from studies on monolingual and bilingual children with language impairment, involving data from children with various language combinations. The results suggest that bilingual children with language impairment do not differ from monolingual children in language development, but they are met with different attitudes from school and clinics.

 

7/6 Anne Salazar-Orvig, professeur, Université Sorbonne Nouvelle, ILPGA, CLESTHIA


Dialogue et discours dans l'acquisition des expressions référentielles chez l'enfant : usages de jeunes enfants et enfants dysphasiques

L'acquisition des expressions référentielles peut être considérée comme un processus clé pour appréhender les modalités de développement langagier et communicationnel. En effet dans l'usage et la maîtrise progressive des pronoms et des déterminants se conjuguent différentes dimensions du développement langagier de l'enfant (phonologie, morphosyntaxe, sémantique, pragmatique ...). Dans les 20 dernières années, des études sur des langues très diverses ont mis en évidence une grande précocité des contrastes référentiels dans le choix des expressions référentielles chez des enfants très jeunes. Cette précocité qui interpelle à la fois les données plus tardives sur les narrations et les hypothèses sur le développement cognitif, et en particulier de la théorie de l'esprit, est diversement expliquée selon les paradigmes théoriques. Dans cette communication je présenterai les résultats d'une recherche d'équipe (DIAREF, ANR 09-ENF- 55) dans laquelle nous avons examiné, dans une approche multidimensionnelle, la part des pratiques langagières dans l'acquisition et la maîtrise des expressions référentielles. Après un état des lieux des usages référentiels des expressions par les plus jeunes enfants (autour de 2 ans), je montrerai les pistes qu'ouvrent une analyse des genres discursifs et des échanges dans le dialogue. En un troisième temps je présenterai les données concernant des enfants dysphasiques (âgés entre 5 et 7 ans). La discussion portera sur les implications théoriques de ces résultats pour une approche dialogique et basée sur l'usage du développement du langage.

 

 

14/6 Chantal Henry, PU-PH Université Paris Est Créteil, Centre Hospitalier Henri-Mondor / Albert Chenevier & Institut Pasteur

 

Troubles bipolaires et réactivité émotionnelle: une nouvelle lecture des troubles de l'humeur.


La réactivité émotionnelle est une dimension fondamentale des troubles de l'humeur.
Nous aborderons dans cette présentation en quoi une nouvelle lecture des troubles de l'humeur au travers de dimensions pertinentes nous éclaire sur la clinique, la physiopathologie et la prise en charge des troubles bipolaires.  Nous illustrerons nos propos par des travaux montrant l'intérêt d'une approche transdisciplinaire.

 

 

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